2. Une nation singulière.
Si les Nains restent un peuple relativement fermé, c'est avant tout à cause de toutes les épreuves qu'ils ont subi. Le mépris des Elfes sous l'Ancien Empire, et ce malgré leurs prouesses techniques. L'invasion gobeline qui ne leur a laissé que Carlanthur. L'annexion de leurs anciennes terres par Alafia. Même leurs révoltes internes. Les Nains ne demandent pas l'aide ou l'estime car cela reviendrait à contracter une dette. Ils ne sont pas ingrats pour autant. Les Orcs et les Elfes Noirs, après avoir dispersé les armées gobelines, ont tiré de gros avantages de la reconnaissance des Nains. Sans leur soutien logistique, Alagor serait resté un chef mercenaire parmi d'autres.
En se retirant des affaires militaires et politiques du monde, les Nains ont fondé une nation unique en son genre. Ironiquement les Gobelins y ont joué une grande part en s'offrant eux-mêmes comme serviteurs. Au système féodal a succédé une période trouble au cours de laquelle l'économie est devenu le pilier central de leur société. Aujourd'hui Carlanthur est officieusement la plus grande puissance du monde.
Leur gouvernement n'est rien de plus qu'un conseil d'administration. Il fixe les budgets et les taxes d'état, les prix du marché mondial de l'armement et de l'outillage. Les faiblesses apparents de ce système sont compensées par la richesse astronomique des banques de la cité. Les lois naines n'ont pas grand chose à envier à celles de leurs voisins, le maintien de l'ordre étant essentiel à la productivité. Mais du vol au meurtre les criminels ne subissent pas une punition : ils contractent une dette envers la nation. Ils n'ont que deux solutions : payer ou travailler. Un mort ne rapporte rien, un prisonnier est un poids financier pour l'état. En revanche un bagnard est un vrai cadeau : pas de salaire, pas de syndicat, trois repas par jour et une paillasse.
Malgré leur réputation de pingres les Nains ne sont pas toujours près de leurs sous. Ils ne regardent pas à la dépense quand il s'agit d'augmenter leur influence. Pour un riche Nain à la tête d'un empire industriel, le meilleur moyen reste de lancer un projet pharaonique au sein de la cité. Création d'emplois, augmentation du niveau de vie dans le secteur concerné, avancées techniques, et surtout de nouvelles constructions à entretenir : que de bonnes choses pour l'économie. Il existe de nombreux exemples mais l'un des plus impressionnants est celui des Grands Soubassements de Boldurn. Un projet fou qui consistait à monter des fondations pour soutenir la chaîne montagneuse elle-même. Aujourd'hui les Grands Soubassements s'élèvent du plus profond des mines aux premiers niveaux de la Ville Haute.
N'ayant pas de gouvernement à proprement parler, les Nains sont libres de traiter avec absolument tout le monde. Il faut bien sûr y mettre le prix, car s'ils se montrent relativement généreux avec leur cité : ils n'hésitent pas à monter les prix avec les clients étrangers. la plupart de ces derniers ignorent comment réfléchissent vraiment les nains. Pour eu tout à est négociable. Plus le prix annoncé est exorbitant plus il faut faire preuve de finesse pour trouver le meilleur accord. Cela vaut pour une babiole sur un étal de marchand, pour une grosse commande à des fournisseurs d'armes ou de matériel, pour les peines décidées par les tribunaux, et pour les relations diplomatiques.
Comme pour beaucoup de choses l'Ère Cinquième offre un exemple des plus éloquents. Le ralliement de Carlanthur aux forces alafianes n'a rien à voir avec un élan de morale. Le Sidrak ravagé, Alafia avait perdu son plus gros apport de nourriture ses principaux ports des côtés sud. L'Empire Malgorian était donc le plus riche des deux, et le plus assuré de la victoire. Deux éléments ont fait pencher la balance en faveur de l'Alafia. Le premier était la possible entrée en guerre des Grands Dragons. Face à de telles adversaires, les prévisions n'avaient rien de réjouissantes. Mais c'est bien une dette qui a valu au jeune roi Aroni le soutien de Carlanthur. La dette que les nains avaient envers le légendaire héros Gorolgoth, et qu'ils avaient enfin l'occasion de payer en choisissant le camp de l'un de ses descendant : Borumga Forgo, simple mercenaire.
"Un Nain paie toujours ses dettes" ; "Un Nain n'oublie jamais" ; "Un Nain ne recule jamais"... Autant de petits proverbes dont les autres peuples ne font pas grand cas, mais qui offrent en réalité la ligne de conduite à tenir pour toujours avoir un Nain de son côté. Pour le reste il suffit de comprendre que le petit peuple "marche à la carotte". Tant que la récompense est à la hauteur les Nains donnent le meilleur d'eux-mêmes. Et un contrat étant sacré il faut une surenchère de taille pour les pousser à trahir.
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"Nous avons tous besoin que l'on se moque de nous, de-ci de-là, ou nous ne tarderions guère à nous prendre trop au sérieux."
Tyrion Lannister, "Le Trône de Fer", Vol.1.
QVB ! Semper Pungnanti !